Mission rivière !

Suite à une légère blessure au poignet de mon père, aux dolines de Caussols le mercredi, notre programme change et je m’inscris à la sortie du samedi 7 mai ! C’est parti pour ma première grosse sortie avec le club. Alors, ça promet : du beau, du grand, du large, mais avec une petite étroiture explosée depuis l’avant veille : le trou merdique (nom latin : l’aven du lotissement) !

 

Une entrée qu'elle est belle !

Notre mission : atteindre la rivière et commencer sa topo ; et sur le chemin ré-équiper pour faciliter les sorties futures.

Nous arrivons donc à 8h30 sur St Vallier au rendez-vous de la pharmacie pour commencer par un café (il y a toujours une logique). Après le café, on s’équipe pour se mettre en route. Enfin, en chemin, car c’est du chemin d’accès à une maison de particulier que part le trou. Un amarrage naturel, une plaque de fer ouverte et une chaise en plastique rouge plus tard, on se lance dans l’aventure à six : Dada ouvre la marche, je le suis, puis viennent Franck, Didou, Pierre et Antonio. Il est 9h30.

 

C'est le début détente !Après le P6 d’entrée aux parois fragiles, nous arrivons dans un trou qui n’est pas nauséabond malgré son historique (ancien égout). Un peu de boue mais rien de grave. De là nous avançons à quatre pattes et, je ne le sais pas encore, mais ça va être notre position de croisière la plus confortable !

Didou, devant moi, déconne à plein tube. On tombe vite sur un passage plutôt étroit, et je demande naïvement “c’est là l’étroiture ?” et je m’entends répondre “non”. Ce manège recommence 2 ou 3 fois. Je commence à me dire que je ne suis pas sûr de vouloir voir cette étroiture, mais je me dis qu’ils l’ont agrandie, ça me rassure et j’avance dans la bonne humeur de la compagnie.

 

Didou descend la cheminée étroiteNous passons une échelle fixe, une petite salle, un boyaux et un P12 pour nous retrouver devant LA vraie étroiture. Il s’agit d’une cheminée légèrement vrillée avec un démarrage étroit mais correct. Franck et Antonio qui ouvrent la marche, passent sans encombre. Puis c’est au tour de Didou qui après avoir râlé sur toutes les étroitures rencontrées doit se lancer dans cette fameuse étroiture. Plus ça râle, plus ça passe j’ai l’impression car malgré sa carrure il descend à bon rythme. Mais une fois au fond, dans le dernier étranglement, il se retrouve coincé. Il pestifère contre le fait que ça n’a pas été assez ouvert (voilà sa carrure aussi !), mais ça ne lui permet pas de passer pour autant. Il décide de “se casser” de ce trou de merde. Il me demande de descendre pour récupérer son kit. Je le remonte. Je dois maintenant descendre pour récupérer son matos, je le remonte et passe le tout à Dada qui est en haut avec Pierre.

Didou passe une étroiture qui n'est pas l'étroitureDidou remonte donc, récupère le tout et se barre. Pierre, pas rassuré par l’étroiture, le suit. Je demande à Dada si il reste, il me dit que oui – je ne sais pas encore à qui je m’adresse ! – et donc je prends le taureau par les cornes et me lance mon baudard à la main (pas fou) dans la cheminée. Beaucoup moins balaise que Didou je passe assez facilement, je suis fier de moi ! On débouche au sommet d’un petit méandre. Je remets mon baudard et pars confiant, en me disant que le pire est passé ! Entre temps Dada s’est tout simplement téléporté au bas de l’étroiture. On avance, et j’ai bien l’esprit tranquille vu que les étroitures c’est fini.

 

Franck en train d'avancer dans un des plus haut boyauxQuel n’a pas été mon étonnement quand, après quelques mètres de galeries étroites, de passages bas, de zones de ramping et autres, je tombe sur une étroiture ! C’est là que j’ai compris que je devais oublier que ma position naturelle est sur mes deux jambes. On passera 80 à 90% de notre temps avec les genoux, au mieux, qui s’explosent contre la roche, le casque qui gratte au plafond, la quincaillerie qui s’accroche sans pouvoir vraiment la décrocher quand on est à plat ventre. J’ai donc eu un moment le moral dans les chaussettes, ou plutôt les bottes, mais heureusement pour moi j’avais pris l’eau, donc me voilà en train d’avancer avec un moral trempé comme l’acier ! On est pas descendus ici pour couiner ! Pour m’inspirer je regarde mes camarades : Franck est le plus heureux des hommes, Dada et Antonio avancent tellement sereinement que je cherche à me calquer sur eux !

Définitivement, il faut ré-équiperOn rencontre un P4, P10 puis un P4 que Dada ré-équipe avec la corde de 40 m de Franck a amenée, ainsi que des vieux mousquifs et plaquettes complètement détruites pas la corrosion. C’est là qu’on se dit que les premières visites date d’il y a loooooongtemps ! En passant, je coupe les vieilles cordes qu’on ne peut pas décrocher autrement. Le rééquipement est en cours !

Après quelques boyaux, quelques love-story avec la roche, de la boue qui essaie de nous retenir et de l’eau parfois profonde (quand on ne peut pas tenir au moins plié en 2, s’enfoncer jusqu’aux genoux dans l’eau eh bien c’est profond !). On tombe sur deux P5. Un qu’Antonio ré-équipe avec quelques difficultés dues à la roche merdique. Dada l’a déjà dit, mais le répète, il faut venir avec un perfo 18V ! On arrive après plus de 30 min de ré-équipement à la fin des puits. On s’engage de nouveau et pour ne pas changer dans des boyaux plus douloureux les uns que les autres car la roche est hyper travaillée par l’eau. Certes c’est magnifique, les couloirs sont beaux, mais faut pas faire attention à l’échelle !

 

Le ré-équipement va commencerNous finissons par faire une pause vers midi dans une petite salle. On se demande si on mange ici ou si on continue. A priori nous ne sommes pas loin de la rivière tant désirée. Je sors donc ma topo ou plutôt ce qu’il en reste et essaie de convaincre Antonio (qui a faim) qu’on n’est pas loin. Il n’est pas super chaud, mais Franck a peur à demi mot que si nous nous arrêtions maintenant nous ne pousserions jamais jusqu’à la rivière (pas faux) et Dada toujours sur sa lancée (ou peut-être convaincu par ma lecture de la topo – on peut toujours rêver) trouve qu’il serait dommage de ne pas continuer. La démocratie faisant, c’est sur la phrase “ok, on y va, mais si on n’y est pas vite tu as le droit à une baffe” qui nous relance dans le couloir bas de plafond, plein d’eau et de glaise. Je me mets à courir à plat ventre (oui, oui c’est possible !).

Dada va tellement vite que je le perds très vite de vue, même si j’essaie de le suivre sans attendre Antonio et Franck afin d’éviter ou plutôt de retarder la baffe fatidique ! Après un long moment seul plein de doute sur ma lecture de topo avec aucun bruit ni devant ni derrière, je finis pas retrouver Dada qui m’attend dans une “salle” (on peut s’asseoir sans avoir la tête qui touche, on appellera ça une salle désormais !). Dada me dit qu’on ne doit pas être loin, j’apprécie son jeune optimisme, en essayant de me dire qu’il ne dit pas cela simplement parce qu’il lit la peur de la torgnole sur mon visage ! Il repart. En essayant d’enlever de la glaise qui se trouve dans mes yeux, je le suis mais en vain. Il est loin, très loin.

La pause de la réussite !C’est au bord des larmes de glaise tout en traînant le kit de Franck (tiens, depuis quand je l’ai celui-là ?) que j’entends le lointain et libérateur : “rivièèèèèère !” de Dada. Le cœur repart, et c’est tel une incantation contre les mauvais esprits et autres baffes que j’hurle à mon tour “rivière” en direction de nos deux compagnons. L’énergie retrouvée me propulse sur les 20 derniers mètres, et je retrouve Dada debout, dans le lit de la rivière. Il a déjà fait l’amont et un peu d’aval. Je me précipite pour faire comme lui, je commence par l’amont. C’est grand, c’est magnifique. Une splendide rivière tout en S, avec des galets, des plages, un beau travail de roche. Je m’arrête sur une voûte mouillante à près de 100 m.

avec FranckRetour en arrière, pour retrouver Dada, toujours seul. Je pars sur l’aval et je découvre un autre paysage, cette fois fait d’un chaos de grosses dalles qui se sont décrochées du plafond. Je ne vais pas très loin pour garder un peu de surprise lors de la topo. Je rejoins donc Dada un peu avant que Franck et Antonio arrivent à la rivière à leur tour. Ça y est ! On est tous les 4 à la rivière. Franck est heureux comme un pape. Après un high-five de satisfaction et un petit tour du propriétaire, on mange, tous très satisfait, nos rations littéralement pulvérisées par le chemin aller. C’est bien simple, je n’ai pas mangé mes biscuits, je les ai aspiré ! Mais bon sang qu’est-ce que c’est bon !

 

 
Après un festin de roi on attaque notre seconde mission : commencer la topo de la grotte. Une première ! Franck et Antonio font les visées pendant que Dada galope devant et que j’essaie d’immortaliser la scène en photo. Nous nous arrêtons à la voûte mouillante en amont.

Nous reprenons en aval, où nous découvrons des volumes assez impressionnants et de belles sculptures de mère nature. Nous avançons sur plus de 300 mètres pour nous arrêter dans une grande salle qui possède sa mini cascade, juste avant la grande cascade annoncée par Sylvain Lebé. Vu l’heure on ne peut pas avancer plus, et on peut considérer que la mission a été très bien remplie avec ces 420 m topographiés ! C’est donc le cœur léger et la tête haute (la décision a été prise dans la rivière pour ceux qui ne suivent pas !) que nous décidons de reprendre le chemin du retour.

Antonio dans la rivière amont

Antonio et Dada caracolent en tête, mais Franck et moi nous subissons vite la retombée d’adrénaline. Nous nous partageons le kit pour ne pas se faire trop chier dans toute cette succession de passages étroits. Je ferme la marche et c’est sur le premier puits rencontré que je comprends que Franck est un peu plus atteint que moi. Je le dépasse donc lors du puits suivant et nous rattrapons Antonio et Dada qui nous attendent en haut de ce puits. Je préviens Antonio et on reforme les groupes. Je pars devant avec Dada qui a l’extrême sympathie de suivre mon rythme. Antonio et Franck remontent tranquillement mais sûrement (Franck connaissant par cœur le cheminement). Cependant ils ne sont jamais loin de nous, car propulsés par l’entrain de Dada, nous allions toujours droit devant et avons ainsi exploré (bien malgré nous !) toutes les failles, méandres et recoins qui se trouvaient devant nous. Ce qui nous a contraint un certain nombre de fois à faire demi-tour après plusieurs remarques existentielles telles que “ça me dit rien du tout ici…” ou “on a dû se tromper de chemin !”.

 

La sortie !

Cependant, le chemin du retour a été beaucoup plus rapide, et nous avons fini par retrouver le P6 du début, et à en sortir vers les 20h. Dada aussi frais que quand il est rentré, Antonio un peu plus sale que 10h plus tôt, Franck et moi les plus heureux des hommes. Franck car il avait atteint la rivière et commencé à la topographier et moi car pour une première sortie explo en club je ressortais avec autant d’émotions et de souvenirs que de bleus sur le corps, c’est-à-dire beaucoup !

Mais l’aventure ne fait que commencer : il faut encore faciliter un peu l’accès, ré-équiper ou équiper certains passages grâce à un perfo, topographier l’accès à la rivière, continuer l’exploration et la topo de la rivière et de tout ses recoins (et il y en a beaucoup). Et pourquoi pas trouver une autre entrée, pour que le trou merdique ne porte plus ce nom que de par son histoire !

 

Sylvain Lécuyer.

À propos Sylvain Lecuyer

4 plusieurs commentaires

  1. ENcore un Sylvain L dans le trou merdique alors 🙂

  2. Beau récit, on s’y croirait presque. Bravo et merci pour ce travail accompli malgré les épreuves (surmontées avec brio) du parcours jusqu’à la “fameuse” rivière.

  3. Chapeau bas, tant aux explorateurs qu’a l’écrivain de ces quelques lignes! On n’a qu’une seule envie c’est de participer à la prochaine sortie!!

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